6 novembre 2025
Découvrir Shinzo Maeda

Voici quelques mois que j'ai découvert Shinzo Maeda à travers un de ses livres « Arbres et brindilles ». Si mes souvenirs sont bons, c'est Emmanuel Boiter, un photographe très talentueux, qui le cite lors d'une de ses dernières interviews dans le magazine Nat'Images.
Ce qui m'a interpellé et donné envie d'en savoir plus sur ce photographe japonais, c'est sa façon de percevoir la photographie de paysage ; d'après lui, pour apprécier davantage les paysages grandioses, il nous faut d'abord développer notre sens de la perception des beautés moins imposantes qui nous entourent.
Je suis complètement d'accord avec cette façon de voir la photographie de nature, sans boulimie de couleurs trop saturées ou de contraste exacerbé.
La nature nous offre parfois des moments magiques, des scènes aux atmosphères exceptionnelles, il suffit d'être patient et de laisser l'image venir à nous. À mon sens, c'est aussi ça qui nous motive à sortir, à marcher, à trier nos clichés et surtout à recommencer. Voilà ce que je perçois dans le livre de Shinzo Maeda qui nous montre, à travers ses prises de vue et la maîtrise de son cadrage, une nature belle et grandiose dans sa simplicité.
La majeure partie de ce livre nous montre des photographies dans un environnement ordinaire, mais il en résulte un enseignement primordial : apprendre à voir, être attentif à la moindre lueur du soleil et prêter attention à chaque détail.
L'autre chose frappante est cette précision dans la composition : toutes les photographies sont extrêmement équilibrées tant dans leur structure que dans leurs couleurs. On y ressent une parfaite maîtrise technique. La composition de certaines images est très proche de celle de la peinture abstraite, comme celle de Zao Wou-Ki ou de Rothko par exemple. Cela rend ces photographies d'autant plus intéressantes qu'on peut totalement se perdre à l'intérieur d'elles.
Vous l'aurez compris, Shinzo Maeda est un de ces maîtres de la photographie avec lequel on apprend énormément.

Biographie
Shinzo Maeda est né en 1922 dans une petite ville à l'ouest de Tokyo. C'est à l'âge de 45 ans qu'il devient photographe professionnel et fonde son agence, la Tankei Photo Agency. Ses travaux ont été plusieurs fois primés et exposés au Japon et à l'étranger, notamment à Europhoto (1980) et à Photokina (1978). Il meurt en 1998 à l'âge de 86 ans, la majeure partie de ses œuvres est conservée et exposée au Musée Maeda à Hokkaido dans le nord du Japon.
Ses parutions majeures :
- 1974 — The four seasons of a Home Town (The Mainichi Newspapers).
- 1976 — The Colors of Japan (Ryoko Yomiuri Publishing Co.) et Mountains and Rivers of a Home Town (The Mainichi Newspapers).
- 1978 — Spring, Summer, Autumn and Winter (Kokusai Johosha Publishing Co.).
- 1981 — Hokkaido – Poetry of the Earth (Shueisha Publishing Co.).
- 1982 — Scenes from Nature (Hoikusha Publishing Co.).
- 1983 — Shinzo Maeda (Asahi Shimbun Publishing Co.).
- 1984 — The Nippon Alps, Kamikochi (Graphic-sha Publishing Co.) et dans Landscape photography (Amphoto USA). Au mois de septembre, il exposera Arbres et brindilles à Hambourg et il finit l'année en recevant la distinction de l'Annual Award of the Photographic Society of Japan.
- 1985 — Okumikawa (Graphic-sha Publishing Co.), Scenes in Four Seasons (Nippon Camera Publishing Co.) et Ambling in Nature (The Mainichi Newspapers).
- 1986 — Hills of Color – Scenes and Seasons (Graphic-sha Publishing Co.).
Le livre
Mon exemplaire date de 1993 et a été édité par Taschen, il regroupe 3 de ses parutions, dans l'ordre : Arbres et brindilles, Okumikawa et Les Alpes Niponnes, le tout en 290 pages. Chaque parution est agrémentée d'une préface écrite par un membre de son entourage et d'une postface écrite par Shinzo Maeda. On retrouvera même l'intégralité des données techniques (les Exifs en quelque sorte).
Le tirage du livre est vraiment de très bonne qualité, le papier n'a pas trop vieilli et la reliure est elle aussi de grande qualité.
Trêve de bavardage, voici quelques photographies de l'intérieur.
Arbres et brindilles



Okumikawa

Les Alpes nipponnes, Kamikochi


Voilà, j'espère vous avoir donné envie de découvrir cet artiste extraordinaire qui a su magnifier et figer pendant quelques fractions de seconde cette nature qui nous entoure.
Pour l'acheter
Ce livre n'est plus édité ; par contre, on peut encore le trouver d'occasion sur Amazon, eBay et si vous avez de la chance sur leboncoin et autre si de revente de particulier à particulier. Attention cependant au prix, certains n'hésitent pas à le proposer à plus de 200 €.
Voici un lien pour l'acheter sur Amazon : Arbres et Brindilles – Photographies de Shinzo Maeda
Foire Aux Questions (FAQ) : Shinzo Maeda
La majeure partie de son héritage est conservée à la galerie d'art photographique Takushinkan, située à Biei sur l'île d'Hokkaido. Fondée par Maeda lui-même en 1987 dans une ancienne école primaire, cette galerie expose ses tirages originaux, notamment ses célèbres paysages de collines qui ont révélé la beauté de cette région au monde entier. C'est un lieu de pèlerinage incontournable pour les amateurs de photographie de nature.
Shinzo Maeda était un adepte du grand format (chambre 4x5 pouces), ce qui explique l'incroyable piqué et la richesse des détails de ses images, même dans les formats de livre. Il utilisait souvent des téléobjectifs pour isoler des motifs graphiques dans la nature (comme les fûts des arbres ou les jeux d'ombres), une technique qui donne cette dimension presque abstraite et picturale évoquée dans l'article. Il accordait également une importance capitale au tirage, utilisant le procédé Dye Transfer pour restituer la subtilité des couleurs.
Avant lui, la photographie de paysage au Japon se concentrait souvent sur des sites célèbres ou des vues spectaculaires de cartes postales. Maeda a introduit une vision plus contemplative, focalisée sur la beauté de l'ordinaire, les changements de saisons subtils et la poésie des détails simples (brindilles, champs, arbres). Il a appris à toute une génération à regarder la nature qui nous entoure avec un œil nouveau, prouvant que le grandiose réside souvent dans la simplicité.